Embrassades insensées - mercredi 6 novembre 2019 au Moulin du Roc, scène nationale à Niort (79)

2019-11-06

Création musicale originale pour ensemble baroque, voix solistes, ensemble vocal,
avec traitements numériques et spatialisation en temps réel.

Nicolas Frize, compositeur
L’ensemble Il Convito

et Robin Meier, conception informatique musicale

« D’une rencontre amoureuse, singulière et espiègle entre un 17ème siècle imaginaire et un 21ème siècle imaginé, la partition soupire. Soupire de sourire à l’idée d’un échange virtuose s’envolant dans l’espace et se transformant en plein vol, d’un baiser pas volé entre une viole de gambe et la souris d’un ordinateur, d’une caresse fougueusement effleurée entre un traverso et la membrane d’un haut-parleur, d’un affolement délicat entre une soprano et un patch sous Max MSP, frôlant le vide de sa voix pleine, en soufflant des boulettes sonores dans les clapotements épars et délicats d’un ensemble vocal qui semble agiter des cuillères à soupe entre elles… mais on ne sait pas pourquoi !? Parce que nous sommes dans les nuages d’un ciel bleu immaculé, en train d’entendre l’inouï, celui que le clavier du clavecin raconte au clavier de l’ordinateur, tous deux passablement épris de désirs inavoués, au bord d’une falaise délicieuse de pulsions qui s’écoutent les yeux ouverts. »

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L’ensemble Il Convito, dirigé par la claveciniste, organiste et pianofortiste Maude Gratton, et Les Musiques de la Boulangère, structure
 de création du compositeur Nicolas Frize, entreprennent de créer ensemble une œuvre musicale inédite. Cette œuvre s’appuiera sur la maîtrise des instruments anciens qui fait l’identité d’Il Convito, et sur les recherches contemporaines du compositeur, attaché à
 la mise en espace sonore de la musique,
 et pour l’occasion, à la convocation des outils numériques, dans les douces mains savantes de Robin Meier.

Il s’agit là d’une rencontre inédite entre trois siècles de lutheries : les instruments baroques et la musique assistée par ordinateur : la musique entre dans la musique !

Tout est troublé, le réel bascule et joue avec la perception des sources et du lieu. La modernité n’est pas dépendante du progrès, mais de nos désirs les plus fous.

Il faut s’attendre à être cueilli avant même l’entrée dans la salle : on ne sait jamais où commence ni où finit la musique !

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L’œuvre associera deux voix solistes, une soprano et un baryton ainsi qu’un ensemble vocal, ce dernier étant constitué dans chaque ville où la pièce sera donnée, de choristes locaux volontaires, mobilisés sur la partition quelques mois en amont du concert.

Le compositeur Nicolas Frize et Robin Meier, assistant musical en informatique, interagissent en direct pendant l’interprétation – suivant une notation très précise – sur la couleur, la nature, la qualité et la mise en espace des sources instrumentales et vocales, et ce, de façon intermittente. Il s’agit là d’une rencontre inédite entre trois siècles de lutheries : les instruments baroques et la musique assistée par ordinateur. Les sons sont entendus dans leur facture acoustique originale, provenant des instruments, et parfois spatialisés, voyageant dans l’espace, individuellement ou collectivement ; de même ils sont par moments transformés au point de ne plus distinguer leur origine sonore.
Ce processus va plus loin musicalement : la recherche commence dès l’écriture et se poursuit avec l’interprétation instrumentale et vocale de matières, de granulations et d’itérations, de surfaces lisses, de trames polies ou rugueuses, de foisonnements percussifs... Cette recherche est tout autant produite par les instruments et les voix que par le traitement numérique qui la prolonge bien sûr considérablement. Leur conjonction favorise l’abstraction musicale et la poésie sonore inédite recherchée.
Ces transformations numériques vont s’opérer aussi bien sur des passages mélodiques ou harmoniques que sur des séquences de matières sonores, non narratives. La musique est donc dans l’interprétation, les ressorts technologiques ne sont que des outils additifs. Le lieu de diffusion n’est plus le lieu du jeu, tout est troublé, le réel bascule et joue avec la perception des sources et de l’espace.

Ce trouble n’est pas un objectif musical, son intérêt fera l’objet d’un thème de travail (avec les choristes en particulier), autour de la question musicale de l’abstraction, des rapports entre source et re-connaissance de la source (si quelqu’un me parle, je reconnais bien sa voix et je l’entends là où il est).

L’œuvre manie cependant ces décalages, déplacements, transformations et abstractions sonores à des fins musicales et non pas à des fins de virtuosité ; le travail symphonique, mélodique, rythmique, le travail de matières et de sonorités étant tout entier tendu vers son essence et sa finalité musicale.

Le choix des instruments anciens amplifie la curiosité de l’écoute (surtout dans les salles où cette partition inédite sera donnée, s’adressant à des publics plutôt vierges de cette esthétique) et crée une attention encore plus grande aux possibilités sonores et aux adresses de jeu. Il déboute l’idée reçue de la modernité comme dépendante du progrès.

Quelques mois avant la programmation du concert, dans chaque ville, un ensemble vocal sera constitué par la structure d’accueil. Il réunira idéalement entre 80 et 100 personnes.

Dans tous les lieux où l’œuvre sera programmée, une sorte de préambule au concert sera proposé, mettant en espace, de façon libre et disséminée, la présence de certains musiciens, la diffusion de séquences préenregistrées, spatialisées ou non, diverses actions sonores avec des dispositifs mobiles...
Comme des « mises en bouche » ou plutôt « mises en oreilles » offertes au public lors d’un cheminement dans le bâtiment. Halls, salles annexes, couloirs, bureaux, loges... pourront être investis, cette ouverture sera revisitée selon la configuration de chaque lieu d’accueil.


Embrassades insensées a été créé le 28 septembre 2019 à La Sirène à La Rochelle dans le cadre du MM Festival.

Photographie : Michel Labelle
Illustration : Elis Wilk

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